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De mémoire de rose "Une histoire vraie"

Dernière mise à jour : 8 oct. 2020


L' histoire se passe à Odessa, sur la plage d' Arcadia, dans un petit resto en plein air, au bord de la mer Noire. Elle était assise en face de moi, de l'autre côté de la table. Nous devions y avoir mangé, les restes d'un repas l'encombraient encore. Elle avait peut-être dix-huit ans. Blonde. Ses cheveux légèrement bouclés faisaient comme une sorte de halo autour de son visage. Une fleur, volée sur la table sans doute, y était piquée. Je ne la connaissais pas, et pourtant elle me souriait. "Tu fleurs"? me demanda t-elle. Elle me parlait de quoi? D'une fleur, d'un flirt, d'un pleur? Utilisait-elle des mots empruntés d'un autre langage? Elle répéta: "Tu fleurs"? Le verbe "fleurer" alors... Curieux et amusé, je me posais la question à haute voix: "Fleurs-je"? lui dis-je, et je rajoutais aussitôt: "oui, pourquoi pas". Elle se leva, fit le tour de la table et s'assit sur mes genoux, et tendrement, colla ses lèvres sur les miennes, et m'embrassa avec une telle douceur, une telle passion, que j'ai su tout de suite qu'elle ne me donnerait que ce baiser, unique, à savourer pour toujours, sans rien d'autre à espérer ou à attendre d'elle. "Fleurs-je"? me répétai-je tandis qu'elle éloignait son visage du mien pour savourer l'effet qu'elle avait produit. Et je me suis réveillé! "Fleurs-je"? Oui, je fleurs. Du verbe "fleurer" sans aucun doute! Mais qu'était-t-elle venue faire dans mes rêves? Et surtout, pourquoi ce sentiment inhabituel d'un rêve abouti et non pas interrompu comme ils le sont presque toujours... Je venais de faire un rêve entier! Elle m'a donné ce baiser, et -me réveillant- je savais que "plus" n'était, ni possible, ni souhaitable. Je venais d'être comblé d'un "tout". Que ne sommes nous capable, une fois péniblement atteinte la marche sur laquelle nous nous posons, d'y rester et de laisser nous arriver ce qui doit nous arriver, sans attendre autre chose, une suite, un après, un quelconque "encore plus"... le début était si bon... Un simple baiser, même si ce n'était qu'un rêve, le sourire d'un enfant qui vous tend les bras et vous appelle: "Grand-Père", la vieillesse qui approche et qui se voit sereine... "Fleurs-je"? Oui Mademoiselle, avec plaisir et à la prochaine...


François CHIROKOFF


 
 
 

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