les chœurs de l'Armée Rouge (septembre 1958)
- françois Chirokoff

- 1 mai 2012
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 oct. 2020
Je m'en souviens encore comme si c'était hier. Un événement familial que nous attendions avec une impatience grandissante à l'approche de ce grand jour. Il faut croire que nous étions partis bien en avance, histoire "de trouver place pour la mon voiture", et surtout être bien placés dans la salle. Ce fut le cas. Au milieu, et pas très loin du plateau. Grandiose! Ce n'est pas descriptible! Quelque part dans le spectacle, les Chœurs ont entonné la Marseillaise. Papa a dû être le premier à se mettre debout dans la salle. Forcément, j'en ai fait autant. L'émotion était intense et palpable. Mais quand ce fut le tour de l'Hymne de l'Union Soviétique, ce fût extraordinaire: C'est simple, nous étions en Russie! Papa a dû se croire sur la Place Rouge pendant le défilé de son armée! Il ne nous manquait que le Drapeau Rouge à agiter! A la fin du spectacle, nous sommes sortis assez rapidement, sentant bien que papa avait "quelque chose à faire". Effectivement, il nous a entraînés vers la "sortie des artistes" où les autocars attendaient. Dans mes souvenirs, j'en vois un en particulier. Quand celui-ci fût plein, avant que les portes pneumatiques ne se referment, papa a franchi les barrières qui contenaient le public de manière si soudaine, que personne n'a vu le coup venir, et dans le même élan, a réussi à monter dans le bus, avec de grands gestes et des échanges assez vifs (en Russe bien sûr) avec "la sécurité", qui n'a pas pu l'empêcher de prendre pied à l'intérieur! Dans ma tête, un quart de seconde, j'ai pensé: "Merde! ils vont le ramener à l'Est"! Et puis, j'ai vu papa, commencer à étreindre ses compatriotes un par un, leur parler en Russe, les embrasser à pleine bouche! les occupants, se prêtant au jeu, essayaient de s'approcher de lui, jusqu'à ce que, "la sécurité" se ressaisissant, le refoule vers la sortie, sur le marchepied, alors que le bus commençait à rouler doucement. Papa, accroché à la main courante du bus, a réussi à en toucher encore quelques-uns , à en embrasser un ou deux de plus, puis il a été obligé de sauter, de les laisser partir, en Russie! à cette seconde, il est redevenu un exilé! Et moi, comme mon père qui était devenu "la pure Français", à cette minute, je suis devenu "la pure Russe"!
François CHIROKOFF




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