Un miroir
- Alexis Chirokoff
- 10 juin 2015
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 oct. 2020

Tacheté, moucheté, poussiéré, caché... Au plus profond du fouillis de la brocante, je n’attendais que d’être regardé depuis des lustres. Enfin, des lustres, il y en avait au plafond mais - bon - il ne brille qu’à l’électricité alors que moi, c’est le regard des femmes qui m’allume ! Je n’espérais que d’être regardé, miroité même. Elle était là, hésitante. Elle n’osait se/me regarder. Mon cadre de plâtre et de bois encore doré même écaillé lui chuchotait à l’œil. Elle était belle, aujourd’hui on dit « sexy » avec ses cheveux mousses tout blonds éclairant des yeux pervenches. Mon maître, le divin marquis en aurait poussé son dernier soupir. Mais les siècles étaient passés si longs que plus personnes ne se mirait en moi. Oublié – esseulé – depuis des lustres ! Elle a tiré de sa manche gauche un mouchoir blanc brodé à son nom. Justine ! Bon dieu, quel coup au cœur ! Un cercle, un simple petit cercle esquissé de sa main pour que je reflété son regard. Un mot, un simple petit mot : Combien ? Et me voilà emmené en d’autres lieux pour une autre vie. « La chambre ? Non, cela fait ringard » se dit-elle. « La salle de bain, trop intime » « Le salon – hummmm – peut être oui – peut être non – Pas entre papa et maman quand même ». Se doutait-elle de mon passé ? Je me suis retrouvé dans l’entrée. Depuis, tous les matins, j’ai droit à ses sourires. Redressant son béret rouge, à droite, à gauche, c’est selon, d’un beau geste de la main avant que de partir. Le soir, que du bonheur ! L’été, tout sourire. L’automne, toute morose. L’hiver, quelle merveille de la voir enlever son béret, son écharpe, son manteau et pousser un « ouf » de bonheur rien que pour moi. Mais le printemps ... Chemisier blanc.... Ah, le printemps, c'est ma saison.



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