Une mère
- Alexis Chirokoff
- 25 févr. 2016
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 oct. 2020
C’était l’aube du vingt-trois juin. La veille, la nuit était tombée passé vingt-deux heures envahissant la rue du Cherche Midi. Les réverbères s’étaient allumés passant du jaune orangé au blanc dispersant leurs cercles de lumière sur l’enfilade de bars à filles qui donnaient à cette rue de Lille la réputation de rue chaude. Pourtant, il n’y avait rien eu de chaud pour Mireille cette année. L’hiver avait passé, froid et visqueux comme à l’accoutumée et le printemps n’avait apporté que quelques effluves trompeuses et de nouveaux chalands. La nuit n’avait pas été fameuse et Mireille savait que le jour arrivant sa comptée ne serait pas bonne. Elle avait connu cette rue jeune fille alors qu’elle était lycéenne et les différents ratages de sa vie l’avait conduit à tapiner dans l’un de ces bars devant lesquels elle passait en allant à ses cours. Elle faisait maintenant la pute et si elle tirait quelques bénéfices de son corps, elle n’en tirait aucun plaisir. Elle venait de quitter l’atmosphère enfumée du bar et les doigts boudinés des clients pour venir tirer une ou deux tafs à l’air frais avant de monter avec un de ces inconnus entraperçus il y a quelques instants regardant les filles en buvant un mauvais champagne. A 28 ans, mis à part la naissance d’Adrien, elle n’avait aucun vrai souvenir. Une plongée dans le bonheur, soudaine et brutale quand elle avait senti contre elle le corps d’un autre qui ne lui demandait rien, seulement de l’aider à grandir. Six mois durant, usant ses économies jusqu’à la corde, elle avait cru pouvoir échapper à sa vie restant dans ce face à face sans but avec Adrien. Le loyer, les factures, elles, avaient continué, l’obligeant à sortir de chez elle. Les copines l’ont aidé à trouver une tatie pour garder Adrien et, inexorablement, reconduit sur le trottoir de la rue du Cherche Midi. Le dégoût d’elle-même l’a alors envahi à tel point qu’elle n’ose plus ni toucher ni regarder son fils par crainte de le salir. Elle vient de signer cet après-midi l’autorisation rendant son fils adoptable. Point final. Elle jette son mégot sur l’asphalte et d’un pas vif qui fait sa réputation, elle entre dans le bar alors que le petit jour se montre. Lumières tamisées, musiques électroniques, rires gras, bruits de verres, senteurs alcoolisées l’accueillirent dans ce brouhaha qui fait l’habituel des bars à filles. Seulement, ce matin, elle sait qu’elle sera définitivement seule. Pierre, l’inspecteur des mœurs du commissariat d’à coté est là, accoudé au bar. Avec lui, elle est tranquille. Tout le monde sait qu’il est homo et à la différence des autres flics, il ne fait jamais payer ses services d’une pipe furtive dans la cabine téléphonique au fond du bar. A cet instant, elle pense qu’elle serait bien avec lui. Se voit un moment attendre qu’il rentre de son boulot de flic ou de ses virées nocturnes dans des boîtes gays. Faisant le ménage, repassant ses chemises dans un deux pièces minable de la banlieue lilloise. Elle va vers lui mais la seule chose qu’elle put lui demander, ce fut une dose pour se shooter avant d’aller monter avec le gros chauve qui la reluque depuis dix minutes.




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