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Kénavo Tsarévitch!

Dernière mise à jour : 8 oct. 2020


Petit père du (petit) peuple Chiro . Je te réponds sans tarder, car je dois te dire que tes écrits ont quelque peu déstabilisé mon capital "vague-à-l'âme". J'ai eu 50 balais... Je me souviens de nos discussions d'ado avec mon cousin Olivier où, pour nous, l'âge idéal pour mourir se situait entre 20 et 30 ans. Lui, au moins, a été au bout de ses convictions. Moi, j'ai continué ma route, comme un pauvre hère hébété, sans savoir ou j'allais, observant autour de moi ce que le monde pouvait offrir de beau, détournant le regard sur ses monstruosités. Et je me disais: "jusque là, tout va bien!". Puis j'ai commencé à voir "autre chose": Le printemps finissait, l'été avait fait se faner les fleurs et l'automne était déjà là. Je voyais les arbres se dépouiller de leur ramage, des branches tombées jonchaient le sol. J'ai 50 ans et c'est l'automne. Je vois mes copains vieillir, j'en enterre même déjà. Je ne cours plus aussi vite, je ne saute plus aussi haut. J'ai peut-être plus de temps et de facultés à observer ce monde qui m'entoure, mais mes yeux ont perdu l'innocence de leur printemps, je ne sais plus où est "le beau" et il faut maintenant que je me persuade que "non, tout n'est pas si terrible que ça". Je voyage vers l'hiver, irrémédiablement; et je vois tous ces voyageurs devant moi, loin, qui marchent déjà les pieds dans la neige. J'en vois, épuisés, qui s’assoient sur une congère pour se reposer et qui restent là, gelés. Et je vois bien ces silhouettes que je connais parfaitement, qui cherchent encore à avancer dans le froid. J'y reconnais mes parents et j'y vois même mes grand-parents, déjà arrêtés, tranquillement, sur le côté. Et plus on avance sur cette route, moins on en voit la fin. Non pas qu'elle soit infinie, mais la visibilité y est de plus en plus mauvaise, sans doute à cause de ce vent glacé chargé de neige et de brouillard. Alors, du haut de mes 50 ans, je me retourne parfois pour voir d'où je viens, pour mesurer tout le chemin déjà parcouru, pour tenter d'y apercevoir ce que j'ai pu y laisser et je sais que jamais je ne pourrai y retourner. J'y ai laissé quelques souvenirs que personne ne verra et qui disparaissent peu à peu; j'en ai laissé d'autres, plus "vivants", qui font eux aussi leur chemin. Devant moi, des gens se retournent... Mon père, ma mère... Ces deux là se retournent souvent, pour voir leurs "traces" dans la neige, pour voir si leurs souvenirs sont encore visibles et si quelqu'un y porte attention. Ils accrochent aux branches des arbres morts des petits bouts de papier pour que les suivants puissent les lire... beaucoup s'envolent ou se détrempent dans l'humidité de l'hiver. La route est froide mais elle n'est pas triste pour autant, c'est beau aussi une route enneigée. Mais, tous, nous savons bien qu'il n'y aura pas d'autres printemps après celui-ci. Je voudrais courir pour rattraper tous ces gens qui marchent sur la glace... les rattraper, les arrêter un peu et les réchauffer de tout l'amour que j'ai pour eux, leur dire d'attendre un instant, leur dire que j'ai besoin d'eux, partager encore quelques-uns de leurs souvenirs. Mais j'ai 50 ans, je ne cours plus aussi vite, je ne saute plus aussi haut... Je t'aime petit père.



 
 
 

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